Bonjour à tous,
J’ai 31 ans, je suis père de famille et je me suis engagé en politique depuis cet été avec la ferme intention de faire une différence positive autour de moi et surtout pour tenter de garantir à mon garçon un avenir dans une communauté ouverte, accueillante, dynamique et résiliente.
Je ne me suis pas engagé en politique pour seulement garantir des hausses de taxes de 2% et de la belle asphalte sur nos chemins. C’est important, mais insuffisant.
J’ai mentionné « communauté résiliente » dans mes intentions, car nous savons avec certitude que nous sommes depuis plusieurs années dans une période de crises multiples :
Crise des changements climatiques
« Il est sans équivoque que l'influence humaine a réchauffé l'atmosphère, l’océan et les terres. Des changements généralisés et rapides se sont produits dans l'atmosphère, l’océan, la cryosphère et la biosphère. »
« La température à la surface du globe continuera à augmenter au moins jusqu'au milieu de ce siècle, dans tous les scénarios d’émissions considérés. Un réchauffement planétaire de 1,5 °C et 2 °C sera dépassé au cours du 21e siècle. »
« De nombreux changements dus aux émissions de gaz à effet de serre passées et à venir sont irréversibles à l’échelle de millénaires, en particulier les changements concernant l’océan, les calottes glaciaires et le niveau de la mer à l’échelle du globe. »
« Des éventualités telles que des effondrements de calotte glaciaire, des changements abrupts de circulation océanique, certains événements extrêmes composites ainsi qu’un réchauffement nettement supérieur à la fourchette évaluée comme très probable du réchauffement futur, ne peuvent être exclues et font partie de l'évaluation des risques. »
Changement climatique 2021 Les bases scientifiques physiques Résumé à l'intention des décideurs, GIEC
Crise de l’immigration
En 2022, 32,6 millions de personnes ont été contraintes de se déplacer, dépassant de 41 % la moyenne des dix dernières années, selon les données du Portail des migrations. Parmi ces déplacés, 70 % cherchent refuge dans des pays voisins, préférant demeurer aussi proche que possible de leur foyer et de leur famille, que ce soit pour échapper à un conflit ou à une catastrophe naturelle.
Sans actions pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, au minimum 216 millions de personnes devront se déplacer de leur pays d’ici 2050, selon la Banque mondiale.
Face à la perte croissante de terres fertiles et l’accès restreint aux ressources vitales, des communautés entières de toutes les régions du globe sont contraintes de choisir l’exode.
Crise de la montée de l’extrémisme et de l’autoritarisme
Le débat public se durcit, se polarise et laisse moins de place à la nuance, à la complexité et au compromis.
Un rapport publié en mars 2025, révèle que près des trois quarts de la population mondiale vivent désormais sous des régimes autocratiques, alors qu’il y a vingt ans, plus de la moitié de l’humanité résidait dans des démocraties. Ce renversement s’explique par la multiplication des régimes autoritaires et la dégradation progressive de nombreuses démocraties. L’an dernier, 45 pays étaient en voie d’autocratisation, contre seulement 19 qui progressaient vers plus de démocratie, soit trois fois moins qu’il y a trente ans.
Crise des inégalités économiques et sociales
Les inégalités se creusent dans le monde. Les 100 pdg les mieux payés au Canada ont eu une rémunération moyenne record de 16,2 millions de dollars en 2024, c’est-à-dire 248 fois plus que le salaire brut moyen des Canadiens de 65 548 $. En 2008, les p.-d.g. canadiens les mieux payés gagnaient environ 170 fois plus que les travailleurs. Dans les années 1990, 104 fois. Dans les années 1980, entre 40 et 50 fois.
Les 556 millions d’adultes appartenant au groupe des 10 % de la population mondiale la plus riche accaparent 75 % de l’ensemble des biens, propriétés immobilières, actifs financiers et autres formes d’avoirs, contre un ridicule 2 % pour la moitié de l’humanité la plus pauvre et ses 2,8 milliards de membres.
Ces crises ne sont pas indépendantes : elles se nourrissent et s’accélèrent mutuellement.
Certains pourraient réfléchir à ça et se sentir impuissants. Que ça les dépasse.
Pas moi.
J’ai un fils de 4 ans qui doit grandir dans ce monde et je vais tout faire, tout, pour le rendre meilleur.
Je vais commencer par la base, la croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini en changement climatiques catastrophiques. La décroissance est inévitable : elle sera choisie et planifiée collectivement, ou alors elle sera contrainte et subie (pour alimenter votre réflexion sur ce sujet, une entrevue de 19 minutes : L’urgence de décroître, selon le philosophe Alain Deneault | OHdio | Radio-Canada )
Il y a des moyens pour soutenir la décroissance sans réduire notre qualité de vie : mutualisation de ressources déjà existantes, production et consommation locale de biens et services, réorganisation du travail, etc.
J’en entends déjà me dire : «Thierry, tu es hypocrite, tu parles de décroissance et tu viens de passer une résolution à Lotbinière pour un règlement d’emprunt pour refaire la route commerciale !» Effectivement, mais s’il y a une autre valeur qui guide mes actions, c’est la démocratie et la participation citoyenne et je ne crois pas que je peux imposer le changement juste parce que j’ai été élu pour un mandat de 4 ans. Ce projet précède mon arrivée en poste et est voulu par ma communauté (en plus d’être un axe entre 2 municipalités).
Malgré ça, en mettant en œuvre ce type de projet, je me sens quand même comme un mécanicien sur le Titanic qui s’obstine à rester dans la salle des machines parce que le moteur fait un drôle de bruit et qu’il faudrait bien le réparer, tout ça pendant que le bateau est en train de couler.
L’urgence climatique et les crises multiples qui en découlent que le monde subit actuellement est ce qui va guider toutes mes actions pour la suite. C’est pourquoi vous m’avez vu être émotionnellement attaché au projet de développement du transport en commun dans la MRC et désespéré par sa fin abrupte.
Le transport en commun est un exemple probant de mutualisation de ressources qui amène à la décroissance : réduction directe de l’utilisation de la voiture individuelle, réduction du trafic, réduction des coûts pour la société, réduction des coûts d’infrastructure. Il est démontré que l’utilisation à vaste échelle de l’auto-solo comme moyen de déplacement ne peut pas continuer pendant encore plusieurs décennies.
J’aurais aimé pouvoir apporter ce changement doucement, progressivement, plutôt que d’attendre dans un avenir proche d’y être forcé par les conditions externes qui sont activement en action et en accélération.
Je n’ai pas toutes les réponses, et je sais que les décisions à venir seront parfois imparfaites, parfois inconfortables. Mais je sais que l’inaction n’est plus une option. Quand je réfléchis aux choix que nous faisons aujourd’hui, je ne pense pas seulement au prochain budget ou à la prochaine séance du conseil, mais aux enfants qui grandissent ici, au monde dans lequel ils devront vivre et à la marge de manœuvre que nous leur laisserons. Chaque année où l’on n’agit pas la rétrécit un peu plus. Nos leviers sont limités, mais ils existent, et je compte les utiliser. Je veux pouvoir dire à mon fils et aux vôtres que nous avons essayé sincèrement de faire mieux face à l’urgence qui s’impose à nous.
Thierry Bélanger
Citoyen concerné par l’état du monde